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FANUC Days 2026 : Ce que révèle le marché des cobots sur la compétitivité industrielle française

Publié le 18/06/2026
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5min.
FANUC Days 2026 : Ce que révèle le marché des cobots sur la compétitivité industrielle française
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SOmmaire

Le 10 juin dernier, lors des FANUC Days organisés à Marnaz, onze acteurs de l'écosystème industriel français (fabricants, intégrateurs et fournisseurs de solutions robotiques) ont partagé leur vision du marché des cobots industriels. Au-delà des démonstrations technologiques, trois questions ont permis de révéler les véritables dynamiques à l'œuvre :

  1. Quelles sont les principales tendances du marché des cobots en France ?
  2. Pourquoi l'adoption reste-t-elle plus faible qu'au sein d'autres pays industrialisés ?
  3. Quels sont aujourd'hui les principaux défis des intégrateurs ?

Les réponses convergent vers un constat clair : la France ne fait plus face à un déficit de technologies d'automatisation. Elle fait face à un déficit de capacités d'intégration.

Un marché tiré par des cas d'usage désormais matures

La technologie qui permet d’opérer les robots et robot de collaboration (cobot) est ce qu’on appelle la “Commande Numérique” ou CNC (Computer Numerical Control). Aujourd’hui, trois acteurs majeurs dominent le marché : FANUC, Siemens et Heidenhain. Les différents intervenants convergent sur des cas d'usage cohérents et structurants.

Le soudage apparaît comme l'un des premiers moteurs d'adoption. La pénurie structurelle de soudeurs qualifiés pousse les industriels à rechercher des solutions capables de maintenir leur capacité de production malgré les tensions sur l'emploi.

Les applications de bin picking, d'alimentation de machines et de chargement-déchargement automatisé connaissent également une forte accélération. Ces opérations, historiquement complexes à automatiser, bénéficient désormais de solutions suffisamment robustes pour être déployées à l'échelle industrielle.

Enfin, un signal particulièrement fort émerge : selon les retours partagés lors de l'événement, près de 90 % des demandes clients adressées à FANUC intègrent désormais une dimension intelligence artificielle ou programmation simplifiée de type no-code.

Cette évolution traduit un changement profond des attentes du marché. Les industriels ne cherchent plus uniquement à automatiser ; ils cherchent à automatiser rapidement, avec un niveau de complexité réduit et une dépendance moindre aux experts spécialisés.

La technologie n'est plus le facteur limitant

Un enseignement majeur ressort des échanges. Les solutions technologiques existent déjà. Les briques nécessaires à l'automatisation des principaux processus industriels sont disponibles :

  • Intelligence artificielle embarquée pour la robotique collaborative ;
  • Solutions de programmation no-code ;
  • Technologies de vision industrielle ;
  • Systèmes avancés de bin picking ;
  • Simulateurs et outils de jumeaux numériques.

Autrement dit, l'écart entre la faisabilité technique et les besoins industriels s'est considérablement réduit. Le marché n'attend plus l'innovation technologique. Il attend la capacité à la déployer.

Les secteurs en première ligne où l'automatisation s'accélère

L'automatisation robotisée s'accélère dans les secteurs à forte valeur ajoutée et forte intensité de main-d'œuvre :

  • Automobile : peinture, composants techniques, systèmes de sécurité.
  • Électrique et électronique : connecteurs, cartes imprimées (PCB).
  • Construction et mobilier : composants structurels, assemblage de meubles.
  • Médical : composants injectés de précision.
  • Optique : composants optiques de haute précision.
  • Biens de consommation et emballage : assemblage de couvercles, transformation de matières plastiques.

Ces secteurs concentrent des processus répétitifs, des exigences de qualité strictes et des pénuries chroniques de main-d'œuvre qualifiée.

Le véritable frein : un déficit de compétences hybrides

Lorsque les intervenants ont été interrogés sur les freins à l'adoption, un sujet est revenu systématiquement : les compétences.

L'industrie française manque aujourd'hui de profils capables d'évoluer à l'intersection de deux mondes historiquement séparés :

  • l'automation industrielle avec (FANUC, Siemens, Heidenhain, Beckhoff, Codesys), ses protocoles de communications (Profinet, EtherCAT, Modbus TCP/IP etc.) ;
  • les technologies numériques (Python, C++, ROS, IA, développement logiciel, JavaScript).

Cette hybridation devient pourtant indispensable. L'automatisation moderne ne consiste plus uniquement à programmer un robot. Elle exige de connecter des systèmes, traiter des données, intégrer de l'intelligence artificielle et assurer la maintenance de plateformes technologiques complexes.

Cette pénurie génère une forme de prudence chez les industriels. Beaucoup craignent de déployer des solutions qu'ils ne seront pas capables d'exploiter ou de maintenir durablement sans dépendance excessive à leurs intégrateurs. Le problème n'est donc plus l'investissement initial. Le problème est la soutenabilité des compétences dans le temps.

L'incertitude réglementaire ralentit également les décisions

Un second frein concerne le cadre réglementaire. Plusieurs acteurs ont souligné la difficulté d'interpréter certaines exigences relatives à la robotique collaborative et aux systèmes de sécurité. La conformité peut être démontrée, mais certaines situations opérationnelles restent sujettes à interprétation :

  • maintenance à distance ;
  • réarmement de systèmes de sécurité ;
  • responsabilités en cas d'incident ;
  • partage des rôles entre exploitant et intégrateur.

Cette incertitude augmente mécaniquement la perception du risque. Dans ce contexte, de nombreuses entreprises privilégient soit une approche prudente, soit des investissements importants dans la formation interne afin de conserver la maîtrise de leurs installations.

Le no-code : accélérateur ou dépendance ?

Face à ces difficultés, le marché français adopte une réponse pragmatique : simplifier. Les solutions no-code connaissent une croissance rapide car elles permettent de réduire la barrière d'entrée et de limiter le besoin en compétences spécialisées. Cette stratégie répond efficacement aux enjeux de court terme. Cependant, elle soulève une question stratégique. Une entreprise qui s'appuie exclusivement sur des plateformes simplifiées développe-t-elle réellement sa capacité d'automatisation ou transfère-t-elle simplement sa dépendance vers ses fournisseurs de technologies ? Le no-code résout le problème de l'accès. Il ne résout pas nécessairement le problème de la maîtrise.

Une demande forte que l'écosystème peine à absorber

Le troisième enseignement concerne les intégrateurs. Tous décrivent une demande soutenue, voire croissante. Pourtant, cette demande se heurte à une contrainte de capacité.

Les profils recherchés sont sensiblement les mêmes partout :

  • Développeurs logiciels ;
  • Experts ROS ;
  • Ingénieurs IA et machine learning ;
  • Experts simulation et jumeaux numériques ;
  • Automaticiens maîtrisant les grands standards industriels.

Ces talents sont rares. La concurrence entre industriels, intégrateurs et acteurs du numérique accentue encore cette tension. Nous assistons ainsi à une situation paradoxale : les projets existent, les budgets existent, les technologies existent, mais les ressources nécessaires pour les exécuter restent insuffisantes.

Le point de vue Kali Group : l'analyse de Rémi

Les échanges observés lors des FANUC Days 2026 suggèrent l'émergence d'une nouvelle ligne de partage au sein de l'industrie française. Historiquement, l'avantage compétitif reposait sur l'accès aux technologies. Demain, il reposera davantage sur la capacité à les intégrer.

Les entreprises qui construiront des compétences hybrides associant automation, logiciel et intelligence artificielle disposeront d'un avantage significatif :

  • déploiement plus rapide des solutions ;
  • réduction de la dépendance externe ;
  • amélioration continue des performances ;
  • capacité d'industrialisation à grande échelle.

À l'inverse, les organisations qui ne développeront pas ces capacités risquent de voir leurs projets ralentir, leurs coûts augmenter et leur compétitivité se dégrader. L'industrie française n'est plus confrontée à une problématique d'innovation technologique. Les solutions sont disponibles et atteignent un niveau de maturité élevé. Le véritable enjeu est désormais humain et organisationnel. La question n'est plus : « Peut-on automatiser ? » La question devient : « Dispose-t-on des compétences, des processus et de la vision nécessaires pour intégrer durablement ces technologies dans notre modèle industriel ? » C'est probablement là que se jouera une partie essentielle de la compétitivité industrielle française au cours des prochaines années.

Ce qu'on retient

1. La technologie n'est plus le principal frein à l'automatisation : Les solutions de robotique collaborative, d'IA industrielle et de no-code ont atteint un niveau de maturité suffisant pour répondre à la majorité des besoins industriels actuels.

2. Le déficit de compétences hybrides est devenu le véritable goulot d'étranglement : Les profils combinant automation industrielle, développement logiciel et intelligence artificielle sont rares, tant chez les industriels que chez les intégrateurs.

3. La demande existe mais les capacités de déploiement restent limitées : Les besoins d'automatisation progressent rapidement, portés notamment par les pénuries de main-d'œuvre et les enjeux de compétitivité, mais l'écosystème peine à suivre le rythme.

4. Le no-code répond à une urgence opérationnelle sans résoudre le problème de fond : La simplification des outils accélère l'adoption, mais ne remplace pas la nécessité de développer des compétences internes et une véritable maîtrise technologique.

5. L'avantage compétitif de demain reposera sur la capacité d'intégration : Les entreprises qui investiront dès aujourd'hui dans des compétences hybrides IT + automation seront les mieux positionnées pour industrialiser l'IA, accélérer leur automatisation et renforcer durablement leur compétitivité.

Quel est votre principal frein aujourd'hui : compétences, réglementation ou dépendance technologique ? Partagez-nous vos défis d'automatisation.